CHAPITRE VIII

Le dragon se révéla beaucoup moins impressionnant que prévu. D’une lenteur de pachyderme, il paraissait aussi vieux que les pierres. La tôle grise, barbouillée de peinture orange, qui le revêtait était tavelée de rouille. Un long cou d’entrecroises balançait des câbles d’acier au-dessus d’une cabine étriquée, aux vitres crasseuses et au toit de zinc. Le moteur suait et grinçait. Un peu déçu, Lorin mit quelques minutes pour s’en faire une vision d’ensemble : une sorte de barge pourvue d’un pont bas et d’une grande plate-forme, propulsée par de volumineux palets disposés à la poupe, et mus par des pistons. À l’avant se profilait une tête de dragon grossièrement sculptée, à gueule noircie.

Case était un homme corpulent, enveloppé dans un sari à rayures de toile forte, ceint à la taille par un bandeau de soie noué de côté. Sa tête au cheveu rare semblait directement vissée sur les épaules tombantes ; elle ne paraissait pas appartenir à ce large buste enrobé de capitons de graisse. Ses dents faisaient penser à des dominos plantés dans ses gencives. Une silhouette somme toute peu impressionnante, mais ses yeux donnaient l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. Une noix de tigerouge lui déformait la joue. Il examina le trio d’un air peu indulgent.

— Quel serait mon intérêt dans l’affaire ? Vous ne possédez rien qui puisse avoir une valeur marchande à Quai-Salin. Et puis vous me gêneriez. La jeune fille est trop atteinte par la fluctuante, et pas assez grasse, pour m’être d’une quelconque utilité. Il m’est impossible de vous prendre à bord.

Diourk ne chercha pas à dissimuler son soulagement. Lorin proposa de lui confier en guise de paiement la manière de pratiquer des tatouages à l’aide du venin de fel. Case secoua sa grosse tête.

— Que pourrais-je faire d’une chose pareille ? Ça ne n’intéresse pas. (Il détailla le labyrinthe sur le visage du jeune homme, et son œil s’alluma.) À moins que… Il y a peut-être une solution.

— Quelle est-elle ? fit vivement Lorin.

— Il faut que vous me promettiez de répondre aux questions d’un ami de Quai-Salin, ma destination. Il étudie les ensauvagés dans votre genre, pour consigner leurs coutumes dans des bouquins. Adorer les astres solaires, à ce qu’il dit, est une marque de régression. Les tailleurs de sel n’ont jamais voulu se livrer à lui. Il n’a jamais vu des pêcheurs de fer de près. Je suis sûr qu’il serait ravi de l’aubaine.

Les lèvres de Diourk se pincèrent, mais il ne dit rien. La situation le déconcertait. Lorin promit. Case se frotta les mains, puis cracha la noix de tigerouge à l’enveloppe ramollie par la mastication.

— C’est bon, embarquez. Mais faites-vous tout petits : le premier que je trouve sur mon passage, je le jette par-dessus bord.

La mansarde de planches adossée contre la cabine de pilotage était trop exiguë pour les abriter tous les quatre. Ils devraient dormir à la belle étoile ; le bas-marécage les avait habitués à cela.

La figure de proue intriguait Lorin. Un tube souple fait d’une matière inconnue la reliait à une citerne boulonnée au plancher, suintant un liquide noir, nauséabond.

Case utilisa le cou préhensile du dragon pour transborder son chargement. Lorin vit avec appréhension les blocs qui n’en finissaient pas d’enfoncer la barge. Quand ce fut achevé, l’eau arrivait à la limite de la ligne de flottaison.

— En route, fit Case en pénétrant dans l’étroite cabine de pilotage.

Le dragon se mit à gronder, et quitta l’appontement. Après quelques essais infructueux pour dérider son frère, Lorin abandonna, et, durant l’après-midi, pas une parole ne fut échangée entre les trois compagnons. Diourk ne lui pardonnait pas sa décision d’embarquer, mais il n’avait pu exposer d’interdiction formelle, n’étant pas parvenu à déchiffrer les méandres du labyrinthe.

Ils traversèrent un paysage de sculptures de mousse rouge stratifiée servant d’abris aux rats musqués, entre lesquelles Case louvoyait au ralenti. Lorin ne put réprimer son admiration pour les formations percées de trous et renflées de protubérances, aux motifs fantasques et escarpés, à l’allure de ville engloutie. Des sculptures croulantes emmêlaient des formes de torses, de membres, de coudes et de genoux, de têtes aveugles. Mais aussi des calices majestueux, des champignons retournés comme des gants ; des tiges fragiles, de couleur plus sombre, que la barge bousculait sans vergogne. Lorin se faisait l’impression d’un vandale.

L’engin se traînait, étirant les heures dans son sillage.

Tout à son travail, le pilote ne sortait pas de sa cabine. Diourk ne cessait de regarder Soheil à la dérobée.

Après la cité végétale, ce furent des flaques de bitume résurgent, où achevaient de se décomposer des lézards englués. Lorsque Lossheb abattit son filtre rubis sur l’horizon, Lorin brisa le silence.

— Pensez-vous que ce vieux bonhomme mettrait à exécution sa menace de nous jeter par-dessus bord, si on le gênait ?

— Il le ferait, grinça Diourk. Je n’aime pas cet homme, c’est un démon.

Soheil haussa les épaules.

— Ce serait mauvais pour ses affaires. Je te l’ai dit, il est…

Sa voix mourut sur ses lèvres, comme Case émergeait de la cabine de pilotage. Il fit craquer les articulations de ses doigts.

— Pourquoi ne pas poursuivre ? Je ne vais pas vous manger. J’ai l’habitude des rumeurs qui courent sur mon compte. Mais il ne faut pas être injuste envers ce que vous appelez la cupidité. Les hommes lui doivent la découverte de nouveaux mondes, l’invention de grandes choses.

Diourk ricana.

— Comment se peut-il qu’un défaut soit à l’origine de grandes choses ? Voyons, c’est impossible.

Case s’accouda à la rambarde. Il paraissait moins compendieux que tout à l’heure, plus enclin à la conversation.

— Bah ! Les Escopaliens considèrent que la reproduction est une sorte de défaut. Pourtant, c’est ce qui permet à la race de prospérer, pas vrai ? Bah ! Peut-être qu’ils ont compris que les humains sont une espèce nuisible.

Lorin crut bon de mentionner que Soheil était Escopalienne, mais cette dernière ne releva pas la pique. De toute façon, Case ne semblait guère avoir de respect pour les croyances d’autrui. Lorin lui demanda comment, selon lui, le monde avait été créé.

— J’ai entendu tant de propos contradictoires au cours de mes bourlingues, que l’ignorance vaut peut-être la doctrine des autres… Les Uweh, les Bâtisseurs de Mondes qui contrôlent les Portes de Vangk, considèrent l’humanité en termes de Structure, au sein d’une Surstructure elle-même associée à une Panstructure à l’échelle du cosmos, dont ils cherchent le point nodal à l’origine de tout. À ce niveau de considération, avons-nous affaire à une science ou à une religion ?

— Comment le saurions-nous ? protesta Diourk. Je ne comprends rien à tes paroles. Parle plus simplement.

— Je vais prendre un autre exemple. Là d’où je viens, on disait qu’au début, il n’y avait qu’un magma informe. Puis le ciel et la terre, lesquels engendrèrent les forces naturelles et les titans. Les titans accouchèrent des dieux anciens, qui à leur tour mirent au monde les dieux nouveaux. Ces dieux se rejetèrent les uns les autres et vieillirent dans leur coin. Il faut leur pardonner, les vieillards sont portés à l’intolérance. Leur dernier avatar fut les Vangk, qui créèrent les Portes entre les mondes, mondes que les Uweh se chargèrent de rendre habitables. C’est ce qu’ils ont fait pour Felya comme pour des centaines d’autres. La Porte des Felyanes se trouve à cent mille lieues au-dessus de nos têtes.

« On racontait aussi que la fin des dieux-vieillards arrivera quand Zeû, le père des dieux, prendra la place de Promédê, le dernier Vangk, créateur des hommes et des sciences, sur le rocher de supplice où il a été enchaîné. Bah ! Mis à part les Portes de Vangk, tout cela n’est qu’un fatras de légendes éparses.

Soheil avait eu la même réaction, à propos des croyances de son peuple, mais pour des raisons différentes. Diourk se contenta de renifler, et Lorin comprit qu’il valait mieux clore la discussion.

Il s’enquit sur ce qui se trouvait, au-delà du bas-marécage.

— Après Quai-Salin, une forêt d’arbres et de mycèles s’étend sur une soixantaine de lieues. Elle s’interrompt au seuil de la Carapace. Seules les caravanes de crabes-jardins parviennent à traverser ce désert de pierre tellement il est aride. Mais je doute fort que vous parveniez à vous intégrer dans une caravane. Votre compagne, peut-être…

— Nous nous séparons à Quai-Salin, coupa Diourk en jetant à son frère un regard oblique. Tel est le marché que nous avons passé avec elle.

Case leur indiqua une bâche pliée pouvant servir de matelas. Les trois compagnons se couchèrent, songeant aux difficultés du voyage évoquées par Case, quoique certains mots leur fussent demeurés obscurs et chargés de mystère : qu’étaient donc les mycèles, et les crabes-jardins ?

Ils seraient sans doute obligés de contourner la forêt, puis la Carapace. Le terme de leur périple ne leur avait jamais paru si lointain.

Vers le milieu de la nuit, une crise, plus forte que les précédentes, terrassa Soheil. Cerel Case surgit en bougonnant, le sari défait. Il aida les deux garçons à la maîtriser. Puis il rentra dans sa cabine, pour en ressortir aussitôt, une jarre à la main.

— Desserrez ses mâchoires, qu’elle n’étouffe pas. Cet élixir va l’assommer.

Un liquide sombre coula dans la gorge béante. Une puissante odeur d’alcool s’éleva, agaçant leurs muqueuses. L’effet sur Soheil fut foudroyant.

Ils se recouchèrent. Lorin ne s’endormit qu’avec difficulté. Le matin suivant, Soheil n’avait pas émergé de sa torpeur. Lorin se rongeait d’inquiétude, mais il préféra la laisser dans son indolence. La crise de la veille aurait disloqué ses membres s’ils n’étaient pas intervenus, il ne tenait pas à renouveler l’expérience.

La barge aborda une prairie de cormes en bulbes, de la taille de melons, pressés les uns contre les autres. Case arrêta la barge et s’accouda à la figure de proue.

— Les bulbes ne sont pas assez volumineux pour entraver notre progression. Pas encore. Si tout se déroule comme prévu, on arrivera avant les marées de lumière.

L’engin s’ébranla de nouveau, pour s’engager sur la prairie moutonneuse. Des soubresauts montaient du plancher, résonnant au fond de leur estomac. Lorin se pencha par-dessus la rambarde, dans l’espoir de mieux voir la scène.

Éclaboussure. Une forme camuse bondit contre le plat-bord, une gueule garnie de crocs triangulaires clappa contre la cuisse de Lorin. Celui-ci n’eut que le temps de se rejeter en arrière. Un bruit de plongeon signala que l’animal était retombé, dérangeant des bulbes qui s’entrechoquaient.

— Un lézard des marais, s’exclama Diourk. Il était énorme. Eh, on dirait que tu saignes !

Un liquide chaud coulait le long de sa jambe. Trois profondes estafilades lacéraient l’intérieur de son mollet. La douleur arriva, non pas brutale mais lancinante. Il avait eu de la chance, la mâchoire était passée à un pouce du tendon.

— Désormais, vous éviterez de bouger de votre place, grommela Case quand il découvrit la blessure. Ce n’est pas que votre sort m’intéresse outre mesure, mais je n’aimerais pas avoir à décharger des cadavres au débarcadère. D’habitude, je m’enferme pendant tout le voyage dans la cabine de pilotage. Les lézards des marais qui arrivent à grimper sur la plate-forme repartent bredouilles.

— Il faudra donc faire le guet.

— Judicieusement interprété. Le seul vrai danger qui nous guette, ce sont les bancs d’argile molle se déplaçant pendant la nuit. Les palets s’y embourbent.

Lorin, crut avoir mal saisi, mais Case hocha la tête.

— Des plaques se forment très rapidement. Elles se détachent du fond du marécage et se mettent à glisser à sa surface, comme des savonnettes.

— Des savonnettes ?

— Oubliez ce mot. Contentez-vous de ne pas vous laisser surprendre par les lézards.

Malgré les conseils du vieux pilote, chacun se retrouva, au bout de deux jours, les mollets couverts de griffures et de morsures. Lorin dut tuer un lézard qui ne paraissait pas disposé à quitter la plate-forme. Le double sillon que l’animal lui infligea lui donna l’idée de grimper sur un bloc de sel, et de s’y établir à l’abri des prédateurs. Dès lors, ils n’eurent à déplorer aucune nouvelle blessure.

L’état de Soheil se détériorait. Elle tremblait tout le temps, sa respiration devenait sifflante. De son côté, Diourk ne faisait rien pour améliorer la situation, de sorte que Lorin était contraint de la surveiller en permanence. Ce fut une période hallucinée, pendant laquelle ils ne virent pratiquement pas Case.

Un matin, la barge s’immobilisa. Lorin descendit de son perchoir, les yeux papillotants.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Case terminait d’ajuster son sari. Il se contenta de désigner ce qui se trouvait devant la proue. À vingt brasses s’étendait, bordée par une écume de joncs laminés, une masse de pâte jaunâtre recouvrant uniformément une surface d’une centaine de pieds de contour.

— Et que vas-tu faire ?

L’homme eut le geste de trancher.

— Passer au travers. On n’a pas le choix, le banc nous entoure de partout. Il continue à glisser, à chaque instant il peut se refermer sur nous. Si cela arrivait, nous serions contraints d’abandonner la barge, l’unique abri contre les lézards qui sont nombreux dans les parages.

Lorin secoua la tête.

— Mais on ne peut pas traverser, c’est vous-même qui nous l’avez affirmé. La barge s’y engluerait comme une mouche dans un pot de miel.

Sans daigner répondre, Case alla s’asseoir sur la figure de proue. Pendant une minute, il resta plongé dans la contemplation de la masse onctueuse. Ses lèvres remuaient en silence, comme s’il priait. Quel dieu pouvait bien convenir à un homme comme Case ?

Il descendit, puis s’accroupit au pied de la citerne de fer qui avait intrigué Lorin, devant une trappe ménagée dans le plancher qu’il souleva. Quelques secondes d’affairement. Un vacarme mécanique s’éleva de la cavité.

— Je vais diriger le jet. Toi, tu vas m’aider en actionnant ce levier à mon signal. Il y a une bande plus mince que les autres, droit devant. Une dizaine de mètres.

Lorin hocha la tête sans comprendre. Une barre fixée à un axe s’érigeait hors de la cavité.

Case s’était posté sur la gueule de dragon.

— Abaisse le levier !

Lorin saisit la barre et la poussa vers le bas. Le tube flexible relié à l’effigie de fer se tordit, et des bouffées âcres s’exhalèrent de la citerne.

Lorin ne put s’empêcher de lâcher le levier et de reculer, lorsque la gueule du dragon darda une langue de feu.

Le jet ronflant frappa la pâte et le feu liquide s’étala. Au sommet du dragon, Case exultait, secoué par un rire énorme.

— Démon ! rugit une voix remplie de colère et d’indignation, faisant sursauter Lorin. J’en étais sûr, c’est un démon ! J’en sens les émanations maléfiques. Et toi, Lorin, n’as-tu pas honte, ton séjour dans la lande des fumées ne t’a-t-il rien appris ? Tu lui as prêté ta main, tu as manœuvré un mécanisme !

Lorin se retourna, la gorge soudain contractée. La main accusatrice de Diourk se tendait vers sa poitrine. Contrit malgré lui, il baissa la tête.

Le pilote avait repris pied sur le sol de la barge. Il replaça le levier en position levée.

— Je crois que ça suffira. Les autres bancs glissent autour de celui que j’ai pétrifié. Maintenant, il s’agit de le fracasser.

Il alla fixer un des blocs de sel au bout de la grue, puis amena la barge jusqu’au pied de la masse de glaise qui leur coupait la route. Des flaques noires continuaient à brûler dans des cavités calcinées, projetant une fumée noire dans l’atmosphère. Elle avait pris l’aspect, sur cinq mètres de large, d’une poterie jaunâtre et mal cuite, se craquelant de partout. Des bruits d’arrachement se faisaient entendre, alors que des bancs de glaise fluide alentour comprimaient la surface durcie.

Case dirigea le cube de sel vers la langue solidifiée. Lorin comprit son intention. Il entraîna Diourk à l’arrière, à couvert des éventuels débris. Lorsque le poids s’écrasa sur la masse, celle-ci rendit un craquement. Des fragments pointus volèrent dans les airs, ricochant sur le plat-bord, tandis qu’une poussière de terre cuite concassée s’élevait en volutes épaisses, les faisant pleurer et tousser.

Lorin n’eut pas le temps de vérifier le résultat : Case avait hissé derechef le cube de sel, et faisait avancer la grue de quelques mètres.

Il renouvela l’opération autant de fois que Lorin avait de doigts. La poussière mit de longues minutes à se redéposer, poudrant le pont et la plate-forme. Les muqueuses enflammées bordaient les yeux de rouge.

Case n’émergea du nuage pulvérulent que pour s’enfermer dans la cabine de pilotage. Le moteur trépida sous leurs pieds, les palets se remirent à brasser l’eau.

Dix minutes plus tard, ils étaient sortis de la zone dangereuse. Au bout de la chaîne de la grue, le bloc de sel était fendu et entamé. Jetant un coup d’œil en arrière, Lorin aperçut la gangue fracturée dont les miettes, tessons de poterie géante, criblaient la couche molle des bancs voisins.

— On a eu chaud, commenta seulement Case alors que le soir s’installait, rempli des premières chatoyances des marées de lumière. Nous arriverons pendant la conjonction : profitez des derniers instants du voyage.

Pas plus que Soheil, ligotée au sommet d’un bloc de sel, Lorin n’eut le loisir de suivre le conseil de Case. Il dut écouter à genoux les sermons de Diourk et effectuer des actes de contrition envers Felyos, afin d’expier sa faute. Pas une seconde il ne songea à s’y soustraire. Il en retirait une sorte d’apaisement.

Au matin, le bas-marécage s’était évanoui pour toujours. Une plaine crénelée le remplaça, ponctuée de petits bois de pins-fougères. Il n’y avait plus trace de tigerouges. À l’est, une vaste forêt, dont ils ne voyaient que les sommets d’arbres inconnus, s’avançait. Lorin réveilla Soheil. Ils arrivaient en vue de la gare, comme les marées de lumière commençaient.